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dimanche 30 novembre 2014

Oasis du Maroc


Biodiversité menacée:
"Nos oasis se cachent pour mourir"

  Une dizaine d'oasis du sud marocain sont dans une situation critique.Le changement climatique, la désertification, l'ensablement, la pénurie de l'eau ,mais aussi le comportement volontaire ou non,de l'homme sont les véritables menaces de la disparition de ce patrimoine culturel et naturel.Loin d'être un cas isolé,l'oasis de Tanzida agonise en silence.
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Pendant longtemps Tanzida fut une oasis pied dans l’eau. En effet cette oasis créée sur les berges de l’oued Tamanart avait cette particularité d’abriter en son sein, au beau milieu de l’oued, un lac permanent d’où les palmiers dattiers et autres arbres puisaient directement la ressource dont ils avaient besoin.
"Avec la succession des années de sècheresse, le lac s’est asséché et commence alors le long processus d’agonie de l’oasis, pour aboutir à son état actuel de dépérissement "nous révèle amèrement Mr Mohamed Oudor,Président du Conseil municipal de Fam El Hisn et défenseur chevronné des oasis.
Sur le plan historique, Tanzida remonterait à l’époque almoravide dont la forteresse Tachoukalt, située à 2 kms au Sud-Est de Tanzida, constitue le témoignage encore vivant du passage par ce haut lieu de l’histoire par des Almoravides. Tanzida constitue, de ce fait, un espace d’identification historique et social.
Sur le plan agricole, l’oasis de Tanzida abrite les meilleures variétés de palmiers dattiers : Boufegous, Bouserkri et Jihel. La réputation de ses dattes va bien au-delà des frontières de la Commune et de la région avoisinante.
Aujourd'hui le constat est désolant et la vérité est effrayante.L'oasis Tanzida est enclavée, à défaut d'être enrayée. La palmeraie est en état de délabrement continu,elle est envahie par le sable,détritus et cadavres d'animaux venus de tout horizon.Les palmiers abandonnés,étouffent sous les branches mortes. Des maisons en pisé,vidées de leurs habitants,partis trouver fortune ailleurs.

La faute au climat...
Mais l'homme a aussi sa part de responsabilité.Depuis plusieurs décennies déjà, nos oasis souffrent de plusieurs mutations néfastes, aux rythmes de plus en plus accélérés, qui se sont traduites par une dégradation manifeste et dangereuse de cet écosystème particulier."Cette dégradation, due en particulier au changement climatique, est aggravée par une pression démographique et urbaine, d’une part, et par un comportement irresponsable de l’Homme, d’autre part" nous explique M.Oudor "Cette dégradation s’est traduite par une perte de 40% de la surface végétale pour plusieurs oasis du sud marocain,par le tarissement de plus de 50% des khettaras du Maroc, par la réduction de 20% au moins des superficies céréalières et baisse de 40% de la production des dattes. Le dépérissement, à cause du Bayoud, des 2/3 du patrimoine phoenicole de certaines zones du territoire oasien et l’abandon de plusieurs Ksours, chefs d’œuvres architecturaux, ou leur invasion anarchique par le béton" ajoute -t-il.
Photos©Khira



On peut encore s'adapter.
La responsabilité de l'homme dans la dégradation des oasis , volontairement ou non, n'a presque plus de doute ,accentuée par le changement climatique.Malgré le bilan dévastateur, des solutions existent,concrétisées en efforts suffisants et mobilisation de tous pour faire face à ce phénomène. Aussi seule la combinaison, maitrisée, de deux stratégies claires d’adaptation et d’atténuation est en mesure de produire des résultats tangibles sur le long terme.
" Deux trains de mesures sont à entreprendre par nos gouvernants en faveur de ces territoires : des mesures d’atténuation et des mesures d’adaptation" nous explique M.Oudor " Il faut atténuer l’impact négatif des catastrophes «naturelles» ,sécheresses prolongées, inondations, incendies des forêts, tout en mettant en place des stratégies volontaristes d’adaptation : mobilisation de la ressource en eau de surface pour régénérer les nappes phréatiques taries ou en voie de l’être, utilisation intensive des énergies renouvelables pour le pompage de l’eau domestique et d’irrigation et aussi pour l’éclairage domestique et public" ajoute le maire de Fam El Hisn.

Nouveau signal d'alarme pour nos oasis et par ricochet pour sa biodiversité et même si il y a urgence, il n'est pas encore trop tard. Il faut agir et vite pour nos territoires oasiens,condamnés à une disparition programmée à l’horizon 2050 selon Mme La Ministre marocaine de l’environnement, si rien n’est fait .
Autrefois,terre d'accueil et carrefour des civilisations,aujourd hui,désormais,nos oasis se cachent pour mourir

Article écrit pour www.familleactuelle.ma. Édition juillet 2014.


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Entretien avec Mr Mohamed Ouddor,
President de la Commune Urbaine de Fam El Hisn

1-Comment réagit la population locale à ce phénomène dégradation des oasis?Avez-vous le sentiment qu'elle est suffisamment sensibilisée sur la question?

la dégradation aujourd’hui des oasis est la résultante de l’action, volontairement ou non,du comportement de l’homme, accentuée par le changement climatique.
Mais l’action de l’homme est particulièrement blâmable dans ce sens qu’il est à l’origine, pour une grande part, du réchauffement climatique.
Depuis lors, malgré une prise de conscience planétaire de ce phénomène, les multiples sommets, conférences et colloques internationaux n’ont pas réussi à endiguer le phénomène, même pas à en atténuer un tant soit peu l’impact.
Au niveau des oasis, la population vit les sècheresses successives sans trop comprendre les mécanismes qui sont à leur origine. Leurs conditions de vie précaires prennent le dessus sur les questions de préservation de l’environnement. Aussi le fatalisme joue plein son rôle.
L’implication des populations dans toute stratégie d’atténuation et d’adaptation passera nécessairement par des actions intensives et ciblées de sensibilisation.


2-Un proverbe russe dit "L’eau n’oublie pas son chemin" et Antoine de St-Exupery a écrit "Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part», est-ce toujours exact ? Y va-t-il de l'espoir qu'un jour nos oasis reverdissent ou sont-elles désormais condamnées ?

En guise de réponse je vais paraphraser feu SM le Roi Mohammed V qui avait dit au sujet de la destruction d’Agadir suite au tremblement de terre de février 1960 « Si le destin a décidé de la destruction d’Agadir, sa reconstruction est confiée à notre volonté et à notre détermination ».
Ainsi, pour nous, enfants des oasis, les changements climatiques ne doivent pas être vus comme une fatalité qui nous accable et nous anesthésie. Nous devons prendre en charge notre destin, aussi tragique qu’il soit, et lutter pour changer les choses avec les femmes et les hommes de bonne volonté et aussi l’appui inconditionnel de l’Etat. C’est dans cette approche que l’inscrit la création toute récente du «Réseau de Défense et de Développement durable des Oasis» avec comme mission principale de porter la voix des oasis auprès des responsables étatiques, des organisations internationales, de la presse et des médias et évidemment auprès des populations sans l’implication desquelles rien se sera fait.

3-Mr Oudor, qu’est-ce qui explique votre engagement et votre mobilisation pour nos oasis, ces merveilles en péril climatique ?

Je vous dirais comme Astérix (tout petit je suis tombé dans soupe aux oasis). En fait, je suis né et j’ai grandi sous les palmiers, ces lieux magiques ont fortement marqués mes douze premières années. C’est forgée alors en moi une conviction : les territoires, quels qu’ils soient ne seront jamais mieux servis que par «leurs enfants». C’est cette conviction qui m’a poussé à rentrer, en 1992, dans la politique locale, d’abord en tant que conseiller communal puis comme Président de la Commune depuis 1997. J’ai eu également l’honneur de représenter la Commune et la Province de Tata au niveau du Conseil régional (1997-2003 et 2003-2007) et au niveau du Parlement en tant que député (2002_2007).




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